Les héros de l’avenir

Quand l’histoire se tait sur ceux et celles qui sont responsables autrement de l’avenir que par des discours et des actions politiques, il y a toujours une plume discrète pour écrire leur mémoire. Ils sont comme ces peuples qui ont fait et défait les rois, mais dont la curiosité de l’historien et du journaliste reste silencieuse. Ce ne sont ni des généraux, ni des diplomates, ni des leaders de partis politiques. Mais, de jeunes étudiants courageux et soucieux de l’avenir du pays qui rampent sous les balles assassines pour que survive la raison théorique, alors que la raison politique des hommes d’État defaillit.
En effet, avec l’anomie dans les quartiers périphériques du symbole du pouvoir exécutif, les institutions Universitaires sont devenues infréquentables, et ont dû fermer leurs portes aux étudiants et professeurs. C’est à l’instar de fugitifs que certains étudiants de l’École normale supérieure (ENS) font le va et vient entre le siège provisoire de cette institution de formation d’enseignants, devenues voisins du rectorat de l’UEH depuis que ses locaux ont été incendiés à côté du palais presidentiel, et la faculté des Sciences humaines (FASCH). Celle-ci les abritant comme un dortoir qui n’a pas les infrastructures correspondant à ce service universitaire. Malgré l’aspect tragique de la situation sociale dans les zones d’une fragile mobilité, ils sont filles et garçons à garder un certain enthousiasme stupéfiant dans les salles de classe de la FASCH, à travailler pendant des nuits blanches pour subir les évaluations formatives.
L’adage « la jeunesse est l’avenir » ne semble plus significatif pour expliquer leur courage, leur dévouement, et l’espoir qui les motivent. Mais, ils seraient plutôt des héros qui se forgent un avenir, quand la situation sociopolitique se résume à un tableau macabre d’insécurité, d’incertitudes sur les compétences régaliennes de l’état, des déboires des acteurs économiques.
C’est le ministre de l’éducation Dantès Bellegarde qui avait attribué à l’université la fonction de gardienne du drapeau. A cet égard, par cet engagement entêté aux études, ces étudiants mènent la résistance contre l’incivisme, le déficit de citoyenneté, les dérives de l’initiation constitutionnelle de la démocratie de 1987 par le fédération national des étudiants haïtiens ( FENEH), en voulant maintenir vivante et active la vigilance de la raison. Une raison, comme le dit François Châtelet, dont la marche progressive doit contribuer à plus de progrès et de bien-être aux membres de la société haïtienne.
Qu’on se rappelle que parallèlement à cet constat d’héroïsme estudiantin, le rectorat devra être renouvelé de ses dirigeants par des élections qui devront avoir lieu bientôt. Quelle place occupe la question de la réforme de l’UEH qui a été pendant les deux dernières décennies une intrigue de tous les antagonismes entre dirigeants, aspirants dirigeants de l’UEH et les acteurs satellites de cette institution autonome? Quelle amélioration connaîtra la condition de la vie estudiantine? Quel rôle auront les mémoires rédigés par les licenciés, et traitant des problématiques sociale, économique, culturelle haïtienne dans les politiques publiques de l’État ? Des questions qu’il ne faut pas omettre de poser dans cette période de résilience et de résistance des victimes de l’insécurité et de ces héros de l’avenir.
Peut-être que cette transition devrait être une occasion pour penser au quartier où a la ville universitaire, entité géographique qui devrait être soustraite des zones de fonctionnalités économique et politique.
CHERISCLER EVENS
Le 18 août 2024
Penser l’université haïtienne !





