HAÏTI SACRIFIÉE : QUAND L’ÉTAT ABANDONNE SON PEUPLE, LES FEMMES PORTENT LE POIDS DE L’EFFONDREMENT

Haïti n’est plus seulement en crise.
Haïti est abandonnée.
Pour la première fois, le pouvoir en place est issu d’une combinaison assumée de la classe politique traditionnelle. Beaucoup d’entre nous ont voulu y croire. J’en fais partie. J’ai cru qu’un minimum de conscience historique s’imposerait, que la souffrance accumulée du peuple haïtien forcerait enfin des décisions courageuses, à la hauteur de l’urgence nationale.
Aujourd’hui, il faut avoir le courage de le dire clairement : ce pouvoir a échoué.
Rien n’a été entrepris à la mesure de la détresse de la population. L’État a déserté ses responsabilités fondamentales. Le département du Sud demeure fermé, isolé, pratiquement rayé de la carte nationale. Des familles sont séparées. Des parents meurent sans revoir leurs enfants. Des femmes restent prisonnières de territoires qu’elles ne peuvent plus traverser en sécurité. La libre circulation, pourtant droit fondamental, n’existe plus.
Ce n’est ni une fatalité ni un accident.
C’est un choix politique.
Et comme toujours dans l’histoire d’Haïti, ce sont les femmes et les filles qui paient le prix le plus lourd. Elles affrontent l’insécurité permanente, la faim, les violences multiples, l’absence totale de protection institutionnelle. Elles tiennent les foyers debout pendant que l’État s’effondre. Elles nourrissent, soignent, protègent et résistent, souvent dans le silence et l’invisibilité.
Un pays qui abandonne ses femmes et ses filles au chaos renonce consciemment à son avenir.
En tant que femme politique et féministe engagée, je refuse le mensonge confortable et les discours creux. Le féminisme n’est pas un slogan ni un outil de communication. C’est un combat politique contre l’abandon, l’injustice et la violence structurelle. Aujourd’hui, ce combat est indissociable du constat d’échec de la gouvernance actuelle.
Le patriotisme n’est pas l’obéissance aveugle au pouvoir.
Le patriotisme, c’est la loyauté envers le peuple.
Il est temps de dire clairement à la classe politique au pouvoir qu’elle n’a plus le droit à l’inaction ni à l’indifférence. Gouverner, ce n’est pas occuper un fauteuil. Gouverner, c’est répondre de vies humaines. Chaque jour de silence, chaque jour d’inaction, constitue une violence supplémentaire infligée à la population.
Je parle parce que me taire serait une trahison.
Je parle parce que les femmes haïtiennes n’ont plus le luxe d’attendre.
Je parle parce qu’Haïti mérite autre chose que la résignation.
L’histoire jugera.
Mais le peuple souffre maintenant.
Ronique PAUL JEAN
Femme politique
Féministe engagée
À l’heure du bilan de fin d’année, alors que la population haïtienne continue de payer le prix de l’effondrement de l’État, le silence n’est plus une option. Cette prise de parole est personnelle, politique et profondément engagée.





