Le journalisme en Haïti face à l’éthique : Entre dissonance et responsabilité

Dans une perspective soutenue du journalisme, il est crucial de comprendre qu’il existe un problème majeur d’éthique dans le paysage médiatique et les sphères politiques haïtiennes. Cette problématique découle principalement d’une insuffisance intellectuelle, contrairement à l’idée préconisée par Raymond Aron concernant l’« intelligentsia technique », qui est constituée d’individus ayant reçu dans les universités et écoles techniques la qualification nécessaire à l’exercice des métiers d’ordre scientifique.

Dans cette lignée, il convient de signaler que la faille d’un journaliste n’est rien d’autre qu’un geste de folie ou une absence de discernement. Les journalistes doivent, dans l’exercice de leur profession, faire preuve de trois types de critique : la critique technique, la critique morale et la critique idéologique. Or, aucun des trois ne se rattache à l’interview du journaliste- déraillé et le déviant.
Dans son ouvrage « Public Opinion » , le journaliste et théoricien des médias Walter Lippmann souligne la nécessité pour les journalistes de comprendre les faits et les contextes afin d’informer le public de manière éclairée. Par ailleurs, Paul Ricœur affirme que l’intellectuel a pour mission de réaliser un travail spécifique d’éducation à la citoyenneté. De plus, Elsa Mourgues soutient que les journalistes peuvent utiliser leurs compétences pour rendre audibles les grands enjeux citoyens et œuvrer en faveur d’un approfondissement de la démocratie.
En effet, le journalisme est considéré comme une discipline hautement scientifique ; cela implique qu’il s’appuie sur des normes et une rigueur accrues. Le journaliste doit faire preuve d’une capacité à émettre rigoureusement son savoir-faire, acquis tant à l’école de journalisme ou de communication qu’à travers son expérience sur le terrain. En tant que penseur et intellectuel avéré, il doit réfléchir avant d’agir afin d’éviter toute réaction irrépréhensible qui pourrait troubler la paix publique. Bien paraître, bien faire, informer correctement et divertir de manière excellente révèlent sa noble mission.
Dans le cadre de cette distorsion — cette anomalie communicationnelle entre le CONATEL, le journaliste Guerrier Henry et le porte-parole des malfrats — il est inacceptable qu’en tant qu’étudiant, on puisse considérer cela comme une aberration. Le malfrat est reconnu comme un terroriste et criminel recherché par les instances internationales en raison des circonstances politiques et économiques dégradantes en Haïti. Poursuit pour sa participation à des massacres et des actes de vandalisme, selon les derniers rapports des quatre experts de l’ONU. Un journaliste ne peut en aucun cas ouvrir la voie aux crimes par le biais d’un micro — porteur de la parole — considéré comme une arme à double tranchant. Cette parole peut construire ou déconstruire une société régie par des lois régaliennes.
Évaluation de l’Interview
Il est constaté que le malfrat dément les actes malsains qui lui sont reprochés via un canal ayant une grande audience auprès de catégories sociales diverses. La radiodiffusion constitue un espace de socialisation et d’instruction ; c’est en somme une école qui forge l’esprit du peuple. De plus, le déviant s’exprime avec fermeté, fierté, confiance et leadership. Selon Lecomte de Rivarol, « le langage utilisé est la peinture de nos idées », ce qui explique que le travail a été bien monté entre le staff de la radio — plus précisément entre le directeur de station, le présentateur de l’émission et le criminel.
En se penchant vers Aristote, on constate que le discours rend l’homme humain et fait de lui un élément essentiel dans la société. Ainsi, c’est une façon pour ce dernier de tromper la vigilance du peuple en se présentant comme humain et en feignant d’être du même côté.
On suppose que le besoin de s’exprimer est ressenti par tous ; parfois c’est pour faire savoir à autrui qu’on existe. Toutefois, ce besoin est omniprésent chez l’homme. Ainsi, toute mafia ressent cela car elle porte en elle le germe homo sapiens. Cependant, il est crucial de comprendre que devenir un déviant revient à forger son propre monde fait de terreur et de solitude.
Richardson VERONE, Journaliste





