De l’urgence écologique actuelle au rôle vital de la communication en Haïti

Par Richardson VERONE,
Diplômé de l’Université Atlantique d’Haïti, option Communication Sociale
Depuis la Révolution industrielle, l’environnement mondial subit une pression croissante résultant de l’activité anthropique, notamment par les émissions de gaz à effet de serre, la déforestation, la pollution et la dégradation des écosystèmes (Crutzen, 2002). Le XXe siècle a été le théâtre de l’émergence d’une conscience écologique planétaire, concrétisée par la Conférence de Stockholm en 1972, puis consolidée par le Sommet de la Terre de Rio en 1992, marquant un jalon décisif vers une gouvernance environnementale globale. Comme le souligne Edgar Morin, « La Terre est à la fois notre maison et notre responsabilité commune » (Morin, 1999, p. 105).
Parallèlement à cette prise de conscience planétaire, les disciplines scientifiques ont multiplié les alertes. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a démontré, dans son rapport de 2021, que la température moyenne mondiale avait déjà augmenté de 1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle, et que des effets irréversibles se manifestaient déjà, particulièrement dans les pays vulnérables (IPCC, 2021).
Dans ce contexte dynamique, la communication environnementale s’affirme comme une branche essentielle des sciences de la communication. Elle vise à sensibiliser les populations, à orienter les comportements et à influencer les politiques publiques. Selon Dominique Wolton (2000), « communiquer, ce n’est pas transmettre un message, c’est co-construire du sens dans un espace social ». En matière d’environnement, cela implique une responsabilité accrue des médias en tant qu’agents de socialisation, d’éducation et de mobilisation citoyenne.
La législation internationale, elle aussi, encadre ce devoir d’information et d’éducation environnementale. L’article 6 de la Convention d’Aarhus (1998), ratifiée par de nombreux pays, consacre le droit du public à l’information environnementale, renforçant ainsi le rôle médiatique dans la démocratie écologique. Or, ce principe est rarement observé dans les États fragiles, où les médias sont parfois muselés ou instrumentalisés, comme en témoignent les rapports annuels de Reporters sans frontières.
En définitive, face à cette dégradation accélérée de notre biosphère et l’impératif d’une action collective, la communication environnementale ne saurait être reléguée au second plan. Pour Haïti, nation particulièrement exposée aux aléas climatiques et où la liberté de la presse est souvent entravée, elle ne constitue pas un simple outil d’information, mais une nécessité vitale. Elle doit s’ériger en pilier de la résilience nationale, en catalysant l’engagement citoyen et en exigeant des médias qu’ils deviennent les porte-voix inébranlables d’une démocratie écologique indispensable à la survie de son peuple et à la préservation de son patrimoine naturel.





