Les impératifs de l’heure : résister et reconstruire la Terre Natale

« Inspiré de la pensée conjoncturelle du professeur Leslie François Saint-Roc Manigat, notamment de son ouvrage Les impératifs de la conjoncture, qui insistait sur la nécessité pour chaque génération de comprendre les exigences de son époque afin d’y répondre politiquement et moralement. »
Chaque époque impose à une génération des responsabilités particulières. Il est des moments où vivre pour soi devient insuffisant, où le silence devient une complicité et où l’engagement devient un devoir historique. Haïti traverse aujourd’hui l’un de ces moments critiques où chaque citoyen conscient est appelé à choisir entre l’indifférence et la responsabilité nationale.
Notre conjoncture est celle d’un pays fragilisé par l’effondrement progressif de ses institutions, la montée de l’insécurité, l’affaiblissement de l’autorité publique et la perte de confiance collective. Dans plusieurs quartiers du pays, la peur a remplacé la liberté. Des familles abandonnent leurs maisons, des écoles ferment leurs portes, des jeunes voient leurs rêves s’effondrer avant même d’avoir commencé à vivre. Pendant ce temps, une partie de la classe dirigeante continue d’entretenir l’improvisation politique, les conflits de clans et l’absence de vision nationale.
Mais dans les périodes les plus sombres, il existe toujours des consciences qui refusent de capituler.
C’est dans cette logique que s’inscrit mon combat à travers « Le Citoyen », non comme une simple émission, mais comme un espace de réveil civique, de réflexion patriotique et de réappropriation de la conscience nationale. Car dans une société où le bruit des armes tend parfois à étouffer la voix des idées, parler au peuple devient déjà un acte de résistance morale.
À travers cette émission, il ne s’agit pas seulement de commenter l’actualité, mais d’interroger les dérives de notre temps, de rappeler les responsabilités des dirigeants et surtout d’encourager les citoyens à redevenir des acteurs de la vie nationale. Lorsqu’on aborde la crise sécuritaire qui vide des zones entières de leurs habitants, lorsqu’on questionne l’absence de politiques publiques pour la jeunesse, lorsqu’on défend la nécessité d’une réforme institutionnelle sérieuse, il ne s’agit pas de pessimisme ; il s’agit d’un devoir de lucidité.
Car le premier impératif de notre conjoncture est celui de la conscience.
Une nation ne peut être sauvée par des citoyens politiquement absents ou moralement résignés. Voilà pourquoi il devient indispensable de promouvoir une culture citoyenne fondée sur la participation, la responsabilité et l’amour du pays. Trop souvent, la politique haïtienne a été réduite à une lutte pour le pouvoir, oubliant qu’elle devrait avant tout être un instrument d’organisation de la cité et de protection du bien commun.
Mon engagement politique trouve précisément son sens dans cette conviction : Haïti ne se reconstruira ni dans le populisme émotionnel ni dans les promesses sans lendemain, mais dans la formation d’une nouvelle génération de citoyens engagés, compétents et profondément patriotes.
Le patriotisme, justement, ne doit pas être un slogan vide récité lors des commémorations nationales. Il doit se traduire par des actes concrets. Être patriote aujourd’hui, c’est défendre l’idée d’un État fonctionnel lorsque certains profitent du chaos. C’est croire en la capacité du peuple haïtien malgré la misère et les humiliations répétées. C’est continuer à parler d’éducation, d’agriculture, de développement durable et de participation citoyenne dans un contexte où beaucoup ne parlent plus que de survie.
C’est aussi pour cette raison que l’engagement communautaire demeure essentiel. Car une nation ne se reconstruit pas uniquement dans les grands discours politiques ; elle se reconstruit également dans les communautés, dans l’encadrement des jeunes, dans la sensibilisation citoyenne et dans la promotion du développement local. Lorsque des organisations et des jeunes choisissent de promouvoir l’agriculture, de défendre l’environnement ou d’encourager la participation civique malgré les difficultés, ils posent déjà les bases de l’Haïti de demain.
Notre conjoncture impose donc une double exigence : résister à la décadence et préparer l’avenir.
Résister, en refusant la banalisation du désordre, de la corruption et de l’effondrement moral.
Préparer l’avenir, en construisant une conscience nationale capable de dépasser les divisions stériles et les intérêts personnels.
L’histoire nous enseigne que les peuples ne meurent définitivement que lorsqu’ils cessent de croire en leur propre relèvement. Voilà pourquoi, malgré la gravité de la situation actuelle, le devoir des patriotes demeure intact : maintenir vivante l’idée d’Haïti, défendre ses valeurs fondamentales et préparer, avec courage et lucidité, les conditions de sa renaissance nationale.
Car les impératifs de notre conjoncture exigent plus que des paroles. Ils exigent des citoyens debout.
Pour aller plus loin merci de lire: Les impératifs de la conjoncture du professeur Leslie François Saint-Roc Manigat, ancien président constitutionnel d’Haïti, fondateur du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP);
Terre Natale en Terre Promise d’Éric Jean Baptiste, entrepreneur réussi, ancien secrétaire général du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP).
Saint-Alex NOEL, dit Nèg Limyè A Juriste, Fils authentique du département de l’Artibonite
noelsaintalex32@gmail.com
Fait à Port-au-Prince, le 29 mai 2026.





