La Rue Faustin 1er, une identité historique à Petit-Goâve

Depuis quelques jours, plusieurs groupes sociaux, notamment what’s App, regroupant des citoyens de la ville sont enflammés avec des débats portant sur la clôture de la rue Faustin 1er. En effet, depuis plusieurs années, cette rue est fermée par des représentants des autorités de l’église Catholique qui a été détruite suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010. Quelques années plus tard, les travaux de reconstruction ont été démarrés et cette rue servait un dépôt pour les matériaux. Des lors, des personnalités influentes de la ville lancent une alerte et exigent le déblocage de la rue immédiatement. Pourquoi cette envie ? En quoi est-il urgent que la rue Faustin 1er soit restée libre à toute circulation ? Ces questions et bien d’autres demandent une analyse plus en profondeur. Pour cela, nous allons d’abord analyser les enjeux de la clôture de la rue Faustin 1er pour la population de Petit-Goave. Ensuite, nous analysons le positionnement de la rue comme une plaque tournante au cœur de la ville. Et, enfin, nous terminons pour montrer l’ancrage historique de la ville et son caractère symbolique du nationalisme des Petit-goâviens.
Les enjeux de la clôture de la rue Faustin 1er pour la population
La rue Faustin 1er est la route qui longe depuis le cimetière de Petit-Goave, dans sa partie Sud, pour se diriger du long de la Baie de Petit-Goave, dans la partie Nord de la Ville. C’est une rue qui dessert différentes grandes institutions de la ville, notamment l’église Notre Dame de Petit-Goave, les banques de la ville (Unibank et Banque Nationale de Crédit), l’annexe de la Bibliothèque Nationale, le bureau du Ministère des Affaires Sociales et du Travail, la Croix-Rouge, le Lambi Night-Club, etc. De plus, elle sert de lien de connexion entre deux grandes rues qui facilitent l’accès facile à de différents habitants du centre-ville, particulièrement, ceux qui habitent dans les environs du coté Est de l’église Catholique. Donc, c’est tout un centre économique et socio-culturel qui est sous l’emprise de la rue Faustin 1er. Depuis après la clôture de la rue, l’accès facile à ces différentes institutions et la libre circulation des usagers de la rue sont confrontées à d’énormes difficultés. De plus, cela crée une cassure dans le schéma de la cartographie de la ville.
L’ancrage de la rue dans la cartographie de la ville
La ville de Petit-Goave est construite au fond d’une cuvette où les bassins versants du Sud et du Sud-Est de la ville ont de très grandes activités sur le centre-ville. Ainsi, le configuration de la ville obéit à un schéma suivant le modèle de certaines villes anciennes mais qui conserve une certaine originalité moderne où les rues parallèles servent d’exutoire pour les eaux qui arrivent du Sud et du Sud-Est. Ce schéma, n’est pas seulement une opportunité pour déverser les eaux du ruissellement et les eaux usées à la mer, mais il est un attrait d’ornement du plan de la ville. La rue Faustin 1er entre également dans la construction de ce schéma cartographique. Elle joue un rôle très important au regard du plan d’urbanisation de la ville et de son architecture.
La rue Faustin 1er ou l’histoire d’un passé douloureux
Le nom de la Rue Faustin 1er remonte à un passé qui a une conséquence très grave sur le 19ème, 20ème et 21ème siècles haïtiens. Le nom donné à cette rue nous rappelle l’histoire du deuxième empereur haïtien, le général Faustin Soulouque, couronné sous le nom de Faustin 1er. Il a été un chef d’Etat, devenu plus tard Empereur, qui a dirigé Haïti du 1er mars 1847 au 15 janvier 1859. La prise du pouvoir de Soulouque est liée à un passé très douloureux pour la nation haïtienne. C’est l’époque où le Président Boyer a accepté de payer à la France une somme colossale, soit 150 millions de francs, pour la dette de l’indépendance nationale, une aberration dans la vie d’un peuple. Pour payer cette somme, le Président Boyer a dû contracter un prêt auprès d’une Banque française à un taux exorbitant, ce qui représente la double dette. Ce contrat du paiement de la dette a été un fer attaché au nez de la jeune nation nègre qui allait traverser toute la deuxième moitié du 19ème siècle dans cette situation. Nous pouvons même dire que cette dette a été l’une des causes profondes du débarquement des Américains sur le territoire d’Haïti en 1915 et est encore une cause du sous-développement haïtien. Mais il faut dire, avant d’achever le paiement total de la dette, il y a eu plusieurs résistances, et l’Empereur Faustin 1er a été l’un des défenseurs farouches de la cause nationale. Il n’a pas voulu continuer d’envoyer les versements, comme cela a été prévu, à la France. Cette dernière, à cette époque, qui représentait tout le système occidental dans toute sa dimension et sa complexité, a tenté de faire pression sur l’Empereur et ce dernier a choisi l’option de repousser la force par la force. Donc, la rue Faustin 1er incarne tout ce passé à la fois douloureux mais héroïque. Enlevé la rue Faustin 1er dans la mémoire des Petit-Goâviens, c’est enlevé une partie de leur histoire.
La rue Faustin 1er, le symbole du nationalisme à Petit-Goave
La rue Faustin 1er incarne tout un passé historique, héroïque et douloureux. Elle est le symbole d’un nationalisme fort et puissant des Petit-Goâviens. Elle est attachée au fond de la mémoire collective. Elle est le rempart de l’incarnation du dernier dessalinien qui a dirigé le pays et elle restera encore éclairée dans la mémoire des jeunes qui prendront la destinée de la commune de Petit-Goave en particulier et de tout le pays en général.
En somme, nous admettons que la rue Faustin 1er est une artère qui dessert le centre économique et culturel de la commune de Petit-Goave. Elle entre dans la planification même de la ville et son histoire remonte à un passé douloureux échelonné sur environ trois siècles. Elle symbolise la mémoire collective, le sens nationaliste de toute une ville. Ainsi, les débats enclenchés sur les réseaux sociaux ont un sens particulier pour tous ceux qui ont le sens de l’histoire et qui respectent la mémoire des valeureux dirigeants du pays. Dans cette logique, ne pouvons-nous pas admettre aussi que la clôture de la rue Faustin 1er entre dans la logique de bloquer tout ce qui a rapport à un idéal dessalinien ? Il est trop tôt pour trouver une réponse et une conclusion. Que le temps continue à éclairer l’histoire.
Yvener Desrosiers
Professeur d’histoire et de géographie





