Haiti – Insécurité : À qui profite ce déménagement qui n’en finit pas

Depuis l’attaque meurtrière surprise des gangs de viv ansanm sur Delmas 30, dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 février 2025, les résidents de cette localité particulièrement, de Delmas 32, de Christ-Roi et environs ne cessent de fuir leurs maisons pour se réfugier dans d’autres espaces jugés plus sécurisés. Certains ne savent même plus à quel saint se vouer pour trouver l’endroit idéal pour se reloger avec leur famille. Un constat alarmant qui donne des frissons à n’en plus finir.
Accompagnés d’enfants en bas-âge, de paquets contenant leurs effets personnels apparemment les plus importants, ces nouveaux déplacés internes dont certains ne sont pas à leur premier déguerpissement, ne cessent de raconter leur déboire ainsi que leur ras-le-bol face à l’attitude passive des autorités du gouvernement transitoire qui, tacitement, ne fait que renforcer la barbarie des béligérents armés contre la population civile.
A Christ-Roi, un vent de panique souffle depuis ce que tout le monde considère comme un massacre perpétré à Delmas 30, localisé justement à quelques pas. La peur et l’angoisse s’installent chez les citoyens qui n’arrêtent pas de s’inquiéter par rapport au constat de la présence des gangs armés dans les entrées ouest et nord de ladite zone. Les rares écoles qui fonctionnaient déjà au relenti ont définitivement renvoyé les élèves et fermé leurs portes, jusqu’à nouvel ordre, dit-on.
A six (6) heures de l’après-midi, les rues de Christ-Roi sont complètement vidées, les boutiques sont fermées, on n’y voit que quelques rares activités commerciales nocturnes contrairement au temps d’avant, on n’y croise presqu’aucune patrouille policière visible, mais des policiers-résidents sont pourtant là et surveillent. On n’y voit presque plus de voitures sinon quelques rares motards circulant sur les rares chaussées non encore complètement fermées à la circulation de véhicules, ainsi que d’autres résidents décidant d’y rester après avoir sécurisé leur famille dans d’autres espaces jugés plus ou moins à l’abri de la vague d’insécurité instaurée par les gangs armés.
Cas de figure identique dans quelques rues de Delmas 32, 19, 29… s’endormant ou se réveillant avec le son des projectiles brûlés par les gangs depuis le quartier de Delmas 30 pour continuer d’inciter les gens à vider les lieux sans destination réelle.
Des camionnettes remplies de meubles et d’objets ménagers quittent le quartier du matin au soir pour fuir la fureur des gangs menaçant de s’en emparer. Les résidents aux abois en dépit de quelques manoeuvres destinées à la résistance des brigadiers vigilants face aux assauts répétés des malfrats depuis Delmas 30, Nazon y compris.
Pour le moment aucune attaque réelle de bandits armés sur Christ-Roi et Delmas 32 n’est à déplorer. Mais la peur et l’angoisse se lisent sur les visages des résidents visiblement sur le départ en vue de se protéger contre une éventuelle et/ou possible attaque des gangs contre ces quartiers. Parallèlement, un véritable front de résistance est formé par des jeunes, des notables, des policiers et des militaires pour continuer de protéger leurs zones face à la barbarie meurtrière qui s’approche lentement mais sûrement vers sa cible. En témoigne le constat alarmant d’épaisses colonnes de fumée émanant des maisons incendiées du matin au soir à Nazon, à la rue Codada, à Delmas 30… pour renforcer la peur et la panique dans les zones avoisinantes.
En dépit de la présence d’une force multinationale censée venir en renfort à la police nationale et, bénéficiant du même coup du support de l’embrion des forces armées d’Haïti, le gouvernement de transition, manoeuvré par l’administration CPT / FILS-AIMÉ, ne peut s’empêcher d’afficher son incapacité à résoudre le problème de l’insécurité qui gangrène le pays. Plus d’un estiment d’aileurs qu’il s’agit préférablement d’un manque de volonté, d’une preuve d’insensibilité accrue de la part des 9 comseillers présidentiels et du premier ministre face à la souffrance infrahumaine dans laquelle patauge la population haiïtienne.
En vertu de ce cas de figure, les esprits avisés se convergent autour de l’existence d’un véritable complot multinational pour en finir avec les haïtiens et s’emparer des richesses potentielles que regorge ce pays au niveau de son sous-sol particulièrement.
Face aux menaces multiformes qui continuent de planer sur la capitale haïtienne et sur la zone métropolitane en particulier, les citoyens, les familles continuent également de déménager vers d’autres quartiers qui ne sont pas encore (totalement) sous l’emprise des gangs armés.
Mettre un terme à cet exode massif, à cette douleur atroce, à ce continuel déménagement qui n’en finit pas ç’aurait été la tâche d’un gouvernement responsable, sensible à la cause d’une population visiblement en détresse excessive.
Mais face à cette passivité apparemment complice, face à l’absence de la volonté d’activer le monopole de la violence légitime dont il dispose pour freiner la nuisance des gangs armés, l’État haïtien, à travers ce pouvoir de transition, a une fois de plus échoué et devrait faire l’objet de diverses formes de poursuites pour non assistance aux personnes en danger.
Réputées jadis comme zones résidentielles huppées de Port-au-Prince, Christ-Roi, Bourdon, Lalue, Bois Verna, Alix Roy, Turgeau, Pacot, entre autres, évoluent depuis quelque temps sous de sérieuses menaces venant des gangs armés.
Dorénavant bien avisés par rapport aux images virales d’exactions criminelles revendiquées par les caïds de Viv ansanm, la population est donc livrée à elle-même dans un véritable tourbillon de sauve-qui-peut dans les différents quartiers attaqués et/ou menacés d’attaques sanglantes et meurtrières.
Au regard des prescrits de l’article 22 de la constitution haïtienne lui conférant le plein droit de vivre dans un logement décent, d’être nourrie, d’être éduquée et d’être socialement sécurisée, la population haïtienne n’est-elle pas en droit de se rebeller contre l’état actuel des choses et exiger justice et réparation par rapport aux multiples pertes en vies humaines et matérielles occasionnées par un climat de terreur sans précédent instauré par des groupes de criminels armés sous les yeux complices de l’État haïtien?
Témoins oculaires d’un tableau aussi sombre, ne sommes-nous pas en droit de demander : à qui profite véritablement cet exode massif, ce déménagenent qui n’en finit pas et qui appauvrit davantage les familles en déplacement?
Evens PIERRE-LOUIS
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