SOCIETE

Une politique du livre en faveur d’une autre citoyenneté haïtienne à l’ère de la mondialisation 

« Je lis et je parle » est le plus beau titre qui réfère à l’activité d’apprentissage qu’est la lecture scolaire. Et « je lis avec plaisir » ou »M ap li ak kè kontan », sont d’autres titres complémentaires de la liste scolaire, et qui dévoilent l’aspect amusant de cette activité qui enrichit le vocabulaire et la syntaxe de l’élève. Mais, il ne faut pas qu’on se laisse tromper par des titres commerciaux, et certainement pédagogiques, alors que la réalité des salles de classe et le quotidien de l’élève ne reflètent aucun goût pour la lecture. Mais, traduit plutôt des formes d’exclusions culturelles et une entrave au développement d’une citoyenneté moderne.

En effet, depuis des décennies, le goût de la lecture à disparu dans les écoles, dont nombreuses ne disposent pas d’une bibliothèque minimale pour accompagner l’élève dans le développement de la pratique de lecture qui doit résulter des interventions didactiques et pédagogiques de l’enseignant compétent. Bien que cela s’explique apriori par l’absence d’infrastructures scolaires et de matériaux didactiques, l’incompétence de l’enseignant vient à posteriori comme une seconde cause des lacunes en lecture ou de l’absence de cette activité pratique chez l’élève. Donc, on peut comprendre qu’on ne saurait être logique de parler du goût de la lecture chez l’apprenant et de l’enseignement d’une citoyenneté active et participative, quand celle-ci n’est pas une injonction scolaire de l’enseignant ou de la direction pédagogique des écoles. Et encore moins l’action intrascolaire d’une politique publique du livre et de la lecture. Aussi, y a-t-il une urgence d’élaborer un programme académique imposant la lecture comme une activité nécessaire pour l’apprentissage disciplinaire, mais aussi pour l’apprentissage des secondes langues et de la langue maternelle d’enseignement. Ce qui doit être inscrit dans et appuyé par une politique publique 

Dans les programmes académiques, l’activité de lecture doit devenir systématique, en y incluant des travaux de résumé, d’écriture thématique en rapport avec les textes proposés, et en encourageant les préférences de l’élève qui doit pouvoir se représenter et représenter son monde sociale par l’assimilation des histoires et des sujets lus en salle de classe, à la bibliothèque scolaire, et chez lui. Par cette méthodologie de lecture, l’apprenant se socialisera par les livres qui deviendront des objets de sa passion d’apprentissage et de sa formation, et des outils pour s’approprier des sens et de la signification de son identité sociale dans sa culture nationale et sa culture universelle.

Parallèlement aux activités de formation sequencielle et sommative, les écoles peuvent initier des activités de lecture parascolaires, comme les concours de lecture publique et de résumé de lecture interclasse. Ce qui pourra constituer des stimulations pour développer le goût du livre, en dehors des saisons de la formation académique et scolaire.

Mais, toute cette approche de l’enseignement et de l’apprentissage de la lecture ne peut donner des résultats tangibles que si l’enseignant détient de véritables compétences en lecture. En effet, les références en explication et en illustration que propose celui-ci à ses élèves constituent un facteur de motivation pour ceux-ci. Car, l’enseignant modèle crée l’admiration et provoque l’imitation chez l’apprenant. Que d’imagination se fait l’apprenant qui espère savourer un livre dont l’histoire a servi un exemple d’explication ou d’illustration pour le maître enseignant modèle ?  Tout apprenant veut lire comme il devine que fait son enseignant qui se complaît à lui mentionner des auteurs et leurs citations éveillant sa curiosité pour la lecture. C’est un aphorisme pour dire que l’enseignant ne peut pas inspirer une passion dont il ne se fait pas l’exemple.

A ces deux premiers critères, il faut ajouter un troisième que nous considérons comme un stimulus social. Nous pensons aux distributions gratuites des livres classiques d’auteurs nationaux et étrangers, aux foires du livre subventionnées par les acteurs privés et publics, aux colloques d’écrivains, aux ateliers de lecture publique, aux conférences littéraires organisés dans l’environnement social de l’écolier.Ce qui constitue aussi une forme d’apprentissage de la citoyenneté qu’offrent les débats des idées, et de la diversité culturelle corolaire de la tolérance. Ce seront toujours des occasions qui s’offrent à lui pour sa socialisation civique et politique dans un univers de culture savante et livresque. Par l’acquisition des livres de lecture subventionnés, l’élève aura la certitude de valoriser la création littéraire et se sentira aussi valorisé par l’achat d’un bien qui le met en contact de la pensée d’autrui, sans qu’il ait a se rendre à un centre communautaire de lecture.

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Tout cela ne peut être réel que si les actions s’inscrivent dans une politique publique du livre et de la lecture, impliquant des organismes privés et publics. A cet égard, se révèle crucial le rôle de la Direction Nationale du Livre(DNL), de la Bibliothèque nationale d’Haïti (BNDH), des réseaux de bibliothèques privées et municipales, des centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC), du ministère de la communication et de la culture, du ministère de l’éducation et de la formation professionnelle, des organismes internationaux de coopération bilatéraux et multi-lateraux, et des medias jouant le rôle d’acteurs de relais des activités. C’est l’action en synergie de ces acteurs qui rendra effectif une politique du livre et de lecture, et ses effets sur la formation des goûts et des préférences de l’écolier, qui est le futur acteur citoyen de la démocratie.

Avec la radicalisation de la mondialisation, provoquée par l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), il y a un partage inégal de la culture. Cela s’explique par l’accessibilité de l’éducation et donc de la lecture dans les pays qui en sont les principaux bénéficiaires, tandis que d’autres sociétés impliquées dans ce phénomène sont caractérisées par l’inaccessibilité de ces biens et services de la production et de la distribution de la culture savante. On en déduit que les gouvernements des pays occidentaux, qui sont les acteurs dominants dans la mondialisation, donnent une priorité à l’enseignement de la lecture dans leur politique publique , comme activité didactique dans les situation d’apprentissage scolaire, mais aussi comme activité de loisirs dans les lieux publics extra-scolaires. Rappelons que l’UNESCO, organe responsable de la promotion de la science et de la culture dans le monde, a posé l’accès à la scolarisation et donc à la culture savante, dont le livre ( virtuel ou compacte) est médiateur, comme un facteur de développement socioéconomiques pour la participation des citoyens à la démocratie représentative.

On n’oublie pas qu’avant les NTIC, grâce à l’invention de Gutenberg, le livre venait effacer entre les peuples et les individus les frontières, et leur permettre de voyager à travers des siècle et d’avoir accès à des cultures multiséculaire.  Donc, les politiques publiques pour la promotion et le développement de la passion du livre, doit être vu comme une promotion pour une forme de cosmopolitisme virtuel, et pour l’intégration dans la mondialisation par l’accès à  la culture et aux biens de l’esprit. Mais, c’est aussi la promotion du goût pour le voyage, à travers des siècles,  et qui ne nécessite pas le déplacement du lecteur qui se forme et s’en réjouit. 

Comme un média jouant le rôle de delocalisateur des rapports sociaux, le livre peut offrir au lecteur citoyen d’Haïti  les ressources pour une meilleure participation à la prise de décision que les pouvoirs prennent en son nom, tant au niveau national qu’international. Donc, doublement c’est un moyen de la démocratie représentative et de la participation éclairée a la mondialisation.  Donc, c’est un véritable vecteur pour réaliser l’egalisaritation des compétences démocratiques nationales et internationales  dans les espaces publics , dont parle Jürgen Habermas. Faire du citoyen ou de la citoyenne haïtiens des citoyens lecteurs par la démocratisation de la scolarisation et l’alphabétisation, c’est leur donner des outils pour comprendre la mondialisation et s’y positionner avec des objectifs qui leur favorisent l’égalité en droits, face aux autres citoyens des pays qui ont déjà pris trop d’avance sur Haïti.

CHERISCLER EVENS

sociologue, journaliste, et enseignant

Pour une culture du livre favorisant une autre citoyenneté 

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