Éliminer les primes et renforcer les forces de l’ordre et la justice haitienne

Enlevez le zero du nombre 50 et vous obtenez le chiffre 5 millions de dollars qui est la prime de chasse offerte par FBI contre la tête du chef de la fédération des groupes armés Viv ansanm, Jimmy Cherizier surnommé Barbecue. La tête du président du Vénéziela Nicolas Maduro vaut sans doute ironiquement 50 millions de dollars selon les estimations de la maison blanche. Mais, la comparaison fait penser à la méthode des familles de la maffia de New York et de Chicago des années 50 et 60 qui voyaient leurs ennemis comme de petits ou de gros gibiers de la chasse à mort. 2 millions pour la tête de Vitelhomme et 1 million pour celle de Lanmòsanjou. Sans oublier que les chasseurs qui s’aventurent dans ces no.man’s land ou ces jungles inaccessibles aux forces repressives haitiennes et où règnent ces gibiers, peuvent y laisser leur peau. Alors, pourquoi un état qui a la réputation d’être efficace avec la DEA et les agents de l’interpol dans la chasse aux gangs des cartels de drogues latino-américains et des terroristes islamistes, et dans les procédures d’intervention policière et militaire protocolaire et conventionnelle, voudrait utiliser la même méthode que la maffia contre un président d’un pays souverain et un ex policier qui s’est retourné contre un état maffieux dans l’instrumentalisation de la terreur contre son peuple?
Dans l’histoire de l’implication des services secrêts américains dans la destabilisation des régimes politiques dans les états du continent Amérique, la méthode de la chasse de la maffia est la stratégie priorisée par la CIA, le FBI, et les hommes de renseignement proches de l’occupant du bureau ovale, pour neutraliser et éliminer les amis ou les partenaires utiles qui deviennent des coupables, des ennemis, et des témoins génants. Les contras au Nicaragua, au Chili ont formenté des révolutions made in des États-unis, avec l’argent de la drogue dont la circulation ètait facilitée la CIA. Contrairement à Augusto Pinochet qui eut la chance de comparaitre devant un tribunal pénal international pour les crimes qu’il avait commis avec son armée contre le peuple chilien pour les gouvernements des Etats-unis, Somoza, après avoir été le pion favorable à l’étouffement de la théologie de libération latino-américaine, est devenu un ennemi avec sa clique de généraux face à la révolution sandiniste qui eut un appui paradoxal des agents de la CIA. Puis, le nettoyage s’est vite effectué par les chasseurs de Washington pour réprimer les soldats de Sandino. Dans les archives de la CIA, certaines personnalités militaires ou des révolutionnaires éclaboussés par des affaires de drogue qui sont impliquées dans les coup d’état ou des mouvements populaires, se retrouvent dans les dossiers top secrêts. Le rapport de Amnisty international sur les assassinats de la CIA et la chute des chefs d’État en Amérique latine et dans la Caraïbe en dit long sur ces faits d’histoire. Des éliminations maffieuses et politiques des ennemis et des témoins génants des services secrêts des États-unis qui n’intéressent malheureusement pas les presses locales.
Pourquoi le président Nicolas Maduro serait-il dans le viseur de Washington qui a souvent prêché la démocratie des peuples de l’Amérique? La réponse renvoie à l’échec des tentatives de renverser le successeur de Hugo Chavez par la bourgeoisie venezuélienne anti-chaviste qui s’est refugiée aux Etats-unis. Comme a Cuba où les pensées de la révolution sont devenues des lignes directives que l’état cubain doit suivre et appliquer, les idées de Hugo Chavez constituent une école de pensée pour les fondements d’une révolution autoctone continue et des alternatives entre les pays latino-américains et caraïbéens. Le projet ALBA avait initié un ensemble de faits de solidarité entre ces peuples du sous-continent pour résister contre les politiques néo-libérales et impérialistes. Et suite à ce projet, la coopération bilatérale entre le Vénézuéla et les pays de la Caraibe avait permis la signature du projet Petrocaribe qui était un coup dur pour les compagnies Exon, Shell, et Texaco et pour la vente du pétrole des Etats-unis sur l’ensemble des marchés nationaux de la Caraibe. Ce qui signifie que le successeur de Hugo Chavez n’est pas un voyou ou un membre d’un cartel de drogue latino-américain qui serait devenu un fugitif d’une prison fédérale dont la tête est mise à prix par la justice américaine. Il s’agit d’une décision d’autoritarisme politique qui ne tient pas compte du contexte du droit international, qui promeut le droit à la souveraineté juridique et politique des payss membres de l’OEA et de l’ONU.
Pourquoi Washington veut la tête de Jimmy Cherizier au prix d’une prime de chasse? Contrairement à ce que pense l’opinion commune, le chef du groupe Viv ansanm n’est pas un voyou à abattre. C’est un témoin des combines maffieuses des acteurs des missions diplomatiques, du secteur des affaires et de la classe politique crapuleuse qui a dirigé le pays pendant les 3 dernières decennies. C’est un coupable à faire comparaitre devant une cour de justice mixte, au risque de compromettre des personnalités de tous les secteurs cités ci-dessus. Par les informations qu’il détiendrait, il serait un témoin génant pour ceux qui l’ont utilisé contre la version du pouvoir PHTK avec le président Jovenel Moise à la tête. Et les experts des services secrêts des Etats-unis sont conscients que les informations fournies par Jimmy Cherizier peuvent contribuer à faire remonter les investigateurs des dossiers de criminalités politiques haitiennes jusqu’aux réseaux des diplomates américains ou d’autres pays impliquées dans les faits d’opération de destabilisation du pays. Comme l’assassinat du président Jovenel Moïse, la disparution des agents de la PNH après le retrait d’une compagnie étrangère qui avait la mission de supporter la.police nationale d’Haïti dans la répression des groupe armés, et le traffic d’armes et de munitions dans le pays.
Donc, la règle du secrêt de la maffia qui n’est pas toujours valable dans la politique qui veut moraliser et établir les conditions de l’application de la justice est menacée par la liberté du chef du groupe armé viv ansanm, et qui pourrait témoigner et citer le nom de ses complices dans le cadre d’une arrestation policière assistée d’une observation internationale et d’une protection diplomatique. Nul ne saurait donner les raisons politiques de l’arrestation du ressortissant haitien Richardeson et des liens que la.justice américaine a établi entre celui-ci et Jimmy Cherizier qui décline les accusations portées contre lui. Tandis que des voix médiatiques n’avaient jamais cessé d’accuser les services de contrôle douanier des États-unis qui se montraient impuissants à mettre fin au traffic des d’armes en Haiti, fabriquées par des industries américaines en Haiti. Et les analyses de l’ex marine des Etats-unis, Rod Joseph, sur le constat des types d’armes qui sont utilisés généralement par des soldats de corps spécialisés de l’armée américaine, et qui sont en possession des membres des groupes armés ne font qu’attester de l’implication de l’ambassade américaine dans la crise de violence et d’insécurité en Haiti.
En somme, les primes de chasse offertes par les Etats-unis contre les chefs de gangs en Haiti ne font que traduire l’irrespect politique et diplomatique de Washington pour ses homologues haitiens. C’est une insulte aux missions internationales de renforcement de la justice hatienne ( BINUH) ,de sécurité (MSSH) et aux autorités policières et judiciaires haitiennes qui n’ont pas les moyens politiques et logistiques pour mener la répression contre un banditisme qui s’est transformé en une guerilla urbaine et rurale, avec la complicité des acteurs des missions diplomatiques, du secteur des affaires, et de la classe politique corrompue. Augmenter l’enveloppe budgétaire de l’aide au renforcement des capacités des institutions haitiennes de maintien d’ordre et de justice par ces primes serait une correction de la politique et de la diplomatie des États-unis à l’égard du CPT.
Cheriscler Evens
Professeur et journaliste





