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Quand l’humiliation s’accroche à notre victoire sportive

Le jeudi 1er octobre, Haïti s’est illustré de manière remarquable sur le sol dominicain en infligeant une défaite mémorable de 4 buts à 1 à l’équipe hôte dans le cadre de la Ligue des Nations.

Cette rencontre dépassait largement le cadre du sport. Elle mettait en lumière notre identité, notre histoire footballistique et la résilience d’un peuple qui, malgré les difficultés, continue de faire rayonner son talent sur la scène internationale.

Le spectacle offert sur le terrain a été à la hauteur des attentes. Au-delà du score, les gestes de respect entre les joueurs ont démontré que le football demeure un puissant langage universel.

L’homme du match reste toutefois Isidor, auteur d’un doublé et symbole du renouveau du football haïtien. Son engagement, sa discipline et sa fierté de représenter Haïti continuent de séduire les supporters et d’inspirer une nouvelle génération de jeunes sportifs. Des joueurs comme Fafà Picault, Fortuné, Bellegarde, Providence et bien d’autres ont contribué à cette démonstration collective de qualité et de détermination.

Quand la politique tente de voler la vedette au sport

Malheureusement, la beauté du spectacle a rapidement laissé place à une polémique politique. Certaines réactions de responsables dominicains ont semblé davantage motivées par l’amertume de la défaite que par la reconnaissance de la performance haïtienne.

La controverse s’est cristallisée autour de la déclaration de Wilson Isidor lors de sa célébration. Qu’elle soit interprétée comme une référence historique ou comme une simple expression de fierté nationale, elle ne devrait pas occulter l’essentiel : Haïti a remporté ce match sur le terrain, avec mérite et autorité.

La véritable humiliation : notre incapacité à recevoir chez nous

La véritable humiliation est pourtant venue d’ailleurs. Elle est apparue dans les propos du ministre dominicain des Sports affirmant qu’Haïti ne pourrait plus recevoir de matchs sur le territoire dominicain.

Derrière cette déclaration se cache une réalité douloureuse : depuis plusieurs années, notre pays est incapable d’accueillir des rencontres internationales sur son propre sol. De plus, certaines équipes haïtiennes, comme le Violette Athletic Club, ont récemment disputé des matchs dits « à domicile » en République dominicaine. Mais cela ne fait que confirmer notre dépendance.

Voilà la véritable humiliation.

Une nation qui a marqué l’histoire du football caribéen ne devrait pas être privée de son droit fondamental d’accueillir des compétitions internationales chez elle. Cette situation n’est ni la responsabilité de la FIFA ni celle de la CONCACAF. Elle est la conséquence directe d’années de négligence, d’absence de vision et du manque d’investissements dans les infrastructures sportives.

Donner aux municipalités les moyens d’agir

La reconstruction du sport haïtien ne peut toutefois pas se limiter à quelques grands projets nationaux.

L’État doit mettre en place une véritable politique de décentralisation sportive en accordant un budget spécifique aux municipalités et aux collectivités territoriales pour le développement des infrastructures sportives locales.

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Aujourd’hui, la majorité des communes du pays ne disposent ni des ressources ni des moyens nécessaires pour construire, entretenir ou moderniser leurs espaces sportifs. Pourtant, ce sont les collectivités qui sont les mieux placées pour identifier les besoins de leurs populations et développer des programmes adaptés aux réalités locales.
Chaque mairie devrait pouvoir disposer d’un fonds destiné à la construction de terrains polyvalents, à la réhabilitation des infrastructures existantes et à l’organisation d’activités sportives régulières.

Le sport doit devenir une compétence prioritaire des collectivités territoriales, soutenue par des ressources financières réelles et durables.

Un appel à la mobilisation des organisations sportives et politiques

Dans un contexte marqué par l’insécurité, les fractures sociales et les difficultés économiques, le sport peut jouer un rôle fondamental dans la reconstruction du tissu social.

Un terrain de sport est souvent l’un des rares espaces où des jeunes issus de différents quartiers, milieux sociaux ou sensibilités politiques peuvent se rencontrer autour d’un objectif commun. Le sport favorise la discipline, le respect des règles, le travail collectif et le dépassement de soi. Il contribue à éloigner les jeunes de la violence, de l’exclusion et du désespoir. Investir dans les infrastructures sportives, c’est donc aussi investir dans la paix sociale, la prévention de la délinquance et le renforcement du droit de vivre.

Face à cette situation, il ne suffit plus de dénoncer. Il faut agir.

J’en appelle à toutes les organisations sportives, aux clubs, aux fédérations, aux associations de jeunesse, aux élus locaux, aux partis politiques, aux organisations communautaires et à toutes les forces vives de la nation pour qu’elles se mobilisent autour d’une revendication commune : l’adoption d’un véritable budget national du sport incluant un financement direct et permanent destiné aux municipalités.

Cette mobilisation doit également exiger la réhabilitation immédiate du Centre Sportif Dadadou, du Parc Saint-Victor, du terrain de Ouanaminthe ainsi que des principales infrastructures sportives du pays. Il est temps que le sport cesse d’être considéré comme un luxe ou une activité secondaire. Il doit devenir un pilier du développement national.

Notre victoire contre la République dominicaine nous a rappelé la grandeur de notre potentiel. À nous maintenant de transformer cette fierté en mouvement citoyen capable de contraindre l’État à investir dans sa jeunesse, dans ses collectivités territoriales et dans l’avenir du sport haïtien.

Car la plus belle réponse à ceux qui nous rappellent nos faiblesses ne se donnera pas dans les discours, mais dans la construction d’Haïti que nous voulons léguer aux générations futures.

Prof. Mathieu Roosevelt
Tél : 34 49 19 06
Mathieuroosevelt09@gmail.com

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