Eliana Thélémaque, le calvaire d’une mère face à la barbarie.

À Kenscoff, en Haïti, une jeune femme a survécu à un massacre pour succomber à la douleur de perdre son enfant, brûlé vif sous ses yeux. Son histoire révèle l’urgence d’agir.
Une tragédie dans la tragédie.
Eliana Thélémaque, 26 ans, n’aura pas survécu au cauchemar. Deux semaines après avoir vu son nourrisson de deux mois arraché de ses bras et jeté vivant dans un feu par des bandits armés, elle s’est éteinte le 14 février 2025, terrassée par le choc et l’indicible douleur. Son corps affaibli a finalement cédé au commissariat de Pétion-Ville, où des passants l’avaient conduite après l’avoir trouvée errante, hagarde, dans les rues de Delmas 103 .
« J’entends encore ses cris », murmurait-elle sans cesse aux témoins qui l’ont recueillie, selon des proches. Ces mots, répétés comme une litanie, résument l’horreur vécue par cette mère, dont l’histoire déchire le voile sur la violence systémique qui ravage Haïti.
Le massacre de Kenscoff : un prélude à l’indicible
Tout commence dans la nuit du 26 au 27 janvier 2025. Kenscoff, commune autrefois paisible perchée à 1 500 mètres d’altitude, est envahie par des gangs armés. Des centaines de maisons brûlent, des familles entières sont exécutées ou brûlées vives. Le bilan officiel fait état de plus de 150 morts, mais les autorités minimisent les chiffres, tandis que la population fuit en panique, abandonnant tout derrière elle .
C’est dans ce chaos qu’Eliana, jeune mère célibataire, tente de protéger son enfant. Des hommes armés la surprennent, lui arrachent son bébé et le jettent dans les flammes sous ses yeux. Elle échappe de justesse aux balles, mais pas au traumatisme. Pendant deux semaines, elle erre, fantomatique, dans les décombres de sa vie, survivant sans vivre, jusqu’à ce que des «bons samaritains» la retrouvent, trop tard .
Un deuil impossible, un système défaillant
Eliana incarne l’échec d’un État. Malgré les alertes répétées sur l’imminence de l’attaque, la police haïtienne n’a pas réagi. Le commissaire local aurait même assuré que Kenscoff était «sous contrôle » quelques heures avant le massacre . Après le drame, aucune aide psychologique ou médicale ne lui est proposée. Comme des centaines de déplacés, elle erre dans l’indifférence générale, symbole d’une crise humanitaire ignorée.
«Son état nécessitait une prise en charge urgente », soulignent des observateurs locaux. Mais en Haïti, où les gangs contrôlent 80 % de la capitale, les survivants sont condamnés à l’oubli. Les camps de déplacés, surpeuplés, manquent de tout : eau, nourriture, médicaments. Les récits de résilience, comme celui d’Eliana, se heurtent à une réalité implacable : la mort ou l’exil .
Une mort qui interpelle le monde
Le décès d’Eliana Thélémaque n’est pas qu’une statistique. Il rappelle que derrière les « crises sécuritaires » se cachent des vies brisées, des mères devenues fantômes, des enfants réduits en cendres. Son corps, confié à une entreprise funéraire après le constat du juge de paix Eno René, repose désormais dans une tombe anonyme, tandis que les gangs étendent leur emprise .
En Haïti, le cycle de la violence semble sans fin. Pourtant, des lueurs d’espoir persistent : des brigades citoyennes s’organisent, des solidarités locales émergent. « Kenscoff refuse de mourir », écrit un journaliste haïtien, évoquant l’entraide communautaire qui tente de panser les plaies .
Et maintenant ?
La mort d’Eliana exige plus que des condoléances. Elle appelle à une mobilisation internationale face à l’effondrement d’un pays où, chaque jour, des innocents paient le prix de l’inaction. Comme le souligne la Fondasyon Je Klere (FJKL), « l’État haïtien a une nouvelle fois failli à sa mission » .
En mémoire d’Eliana et de son enfant, Haïti mérite mieux que des larmes. Elle mérite la justice, la paix, et le droit de rêver à nouveau.
« Parfois, l’humanité se mesure à la manière dont elle protège ses plus fragiles », disait un philosophe. À Kenscoff, cette humanité-là est en cendres.
Sources citées : Articles de Le Placentin, Vant Bèf Info,
Pou Sio Ou Pa T Konnen, Rhinews, et Le National.
Crédits photo : Archives locales / Collectifs citoyens de Kenscoff.
Cet article est dédié à toutes les Eliana d’Haïti, dont les voix étouffées réclament d’être entendues.
James fleurissaint
jamessy12@yahoo.fr





