SOCIETE

Comment harmoniser nationalisme d’existence, dessalinisme, et société démocratique de classes?

D’une colonie d’exploitation esclavagiste Haïti est née dans l’incertitude, quant au choix de l’orientation socioéconomique et politique à lui donner. On a voulu que Dessalines ait été socialiste avant la naissance de Karl Marx et du marxisme ayant inspiré le socialisme et le communisme scientifique. Un anachronisme qui n’efface pas les actes et les intentions du premier chef d’état d’Haïti. Mais, l’article 6 de la constitution du 20 mai 1805 défend un principe fondamental du libéralisme économique : le droit sacré à la propriété privée. Donc, la genèse de la nation haïtienne est concomitante à l’avènement du capitalisme qui se développait aux États-Unis et en Europe. C’est pourquoi, il faut comprendre la vérification des titres de propriété comme une première forme de régulation étatique de l’économie libérale, et donc une forme de contrôle légale exercé sur le capitalisme initial dont sont bénéficiaires les classes sociales dominantes en Haïti. Néanmoins, la déclaration de Jean Jacques Dessalines concernant l’exclusion des pauvres noirs du partage des richesses exprime l’intention d’une politique sociale d’intégration, et donc une stratégie de réduction de l’inégalité entre les catégories sociales.

Haïti a été le premier État ayant offert les conditions législatives pour la démocratie, même si les faits de gouvernance étaient compatibles à l’autoritarisme. Ainsi, la constitution impériale a été paradoxalement contradictoire à la tyrannie dont on reprochait Dessalines, mais surtout à la corruption des élites qui ont comploté son assassinat. En effet, les libertés qu’elle prescrivait n’étaient que des formalités, mais ‘e cachaient pas moins dans l’expression de ses articles une sémantique qui enrichissait la déclaration de l’indépendance américaine de 1776 et la déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789. En d’autres termes, c’est la première nation de citoyens de l’Amérique et du monde. Mais, il s’agit toujours de formalités constitutionnelles sans les faits d’une  société démocratique. On peut retrouver cette même contradiction dans le rapprochement entre la constitution américaine de 1789,  l’organisation de la société américaine d’esclavage des noirs dans le sud, et l’ouvrage élogieux d’Alexis de Tocqueville « De la démocratie en Amérique ». 

Et c’est sur la base de cette dichotomie entre les idéaux de la constitution impériale, les pratiques sociopolitique et économique entre les nouveaux citoyens libres   que se sont constituées les différentes classes sociales qui ont leurs racines dans la société coloniale esclavagiste. Il s’agit d’un État institué par la violence, et qui n’est pas l’expression d’un contrat social originel, avec la participation volontaire et éclairée des individus. Donc, pas de rousseauisme, d’hobbisme, ou de lockisme qui pourrait justifier la volonté d’un.groupe d’individus de se construire en État-nation et de se donner librement des dirigeants qui oeuvraient à leur bien-être collectif et individuel.  Une formation de classes sociales n’ayant pas contribué à la formation d’une nation avec la volonté de vivre ensemble, le partage des richesses, et la communion dans une mémoire historique commune. Ce qui n’a pas cessé d’expliciter la désharmonie entre les idéaux du dessalinisme, les objectifs de la lutte pour l’indépendance et la formation d’un État libre, et les principes du républicanisme fondant les sociétés démocratiques des éEtats modernes. 

Pendant tout le dix-neuvième siècle et le vingtième siècle l’harmonie entre ces trois facteurs n’a pas été  retrouvée. Les tendances politiques antagoniques entre libéraux et nationaux, depuis le mouvement contestataire initié par le manifeste de Praslin contre le régime de Jean Pierre Boyer ont été des tentatives pour unifier les catégories sociales isolées et adverses de la nation. Tentatives qui ont créé les présidents de doublure et occasionner la politique des baillonnettes.

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Des conflits sur la mémoire historique ont opposé les classes sociales qui s’accusaient d’être l’ennemi de l’intérêt national. En effet, avec une majorité de cultivateurs et paysans noirs, deux élites foncières noires et mulâtres,      et une minorité de métis et d’étrangers devenus haïtiens sans de véritable sentiment d’appartenance nationale et patriotique, la tentative de créer une nation democratique a été toujours l’enjeu non résolu des politiques gouvernementales. Les élites qui comptaient dans ses rangs des propriétaires fonciers noirs et mulâtres, des commerçants d’origine européenne et américaine, avec des migrants levantins n’ont pas joué ce rôle que Wilfredo Pareto confie aux élites qu’il définit dans sa théorie sociologique. Un manque de devoir qui va être explicité dans « La vocation de l’élite » de Jean Price Mars et dans « Haïti et ses élites:  l’interminable dialogue des sourds » de Jean Casimir.

Suite aux années d’une économie de guerre ( 1804-1806), d’indemnité pour la reconnaissance de l’indépendance nationale, de construction et de reconstruction nationales, suite aux coup d’état successifs pendant la moitié du 19ème jusqu’à l’occupation américaine, les politiques publiques n’ont guère mis en chantier une économie de justice distributive et de justice retributive. L’économie étant, selon la perspective marxiste, la voix qui dicte les réformes juridico-politiques devant la légitimer idéologiquement. 

Michel Doubout ( Pseudonyme de Michel Hector) a abordé une problématique qui montre l’origine de la stagnation de l’économie haïtienne, dont l’impact est permanent sur l’orientation des décisions politique et juridique. En effet, entre féodalisme et capitalisme, les politiques publiques n’ont jamais dessiné les frontières, laissant ainsi une economie hybride et parasitaire vis-à-vis des marché internationaux. Aussi, malgré le tocsin qui fait la promotion d’une démocratisation post-dictature (1957-1986), la société haïtienne est confronté aux difficultés de mettre en place les bases d’une démocratie économique, sociale, et culturelle. Donc, une impossibilité de concrétiser les idéaux de l’indépendance qui ne peut s’exprimer qu’à travers les facteurs suivants: d’abord un nationalisme d’existence des anciens et des nouveaux libre, ensuite le dessalinisme qui est une interprétation historienne des deux années de gouvernance de Jean Jacques Dessalines, et enfin la formation irréversible d’une société de classes composée des masses paysannes, des élites foncières noires et mulâtres, et d’une bourgeoisie composée d’élément ethniques diversifiés et en provenance d’Europe, des États-Unis, et des territoires levantins.

La crise haïtienne  actuelle doit trouver ses voies de solution dans l’harmonisation de ces trois facteurs qui expliquent l’histoire nationale. Pas de chasse aux sorciers ! Les descendants africains qui se veulent être des Haïtiens et des nationaux se sont enracinés comme les descendants des étrangers qui sont devenus aussi des Haïtiens, mais qui ne se sont jamais vus comme des nationaux avec des devoirs de construire une patrie de bien-être. Ce sont des gens qui sont similaires aux Européens qui ont fait des États-Unis la grande nation qu’elle est devenue aujourd’hui. Kamala Harris ne peut indexer Donald Trump d’être le descendant d’immigrants allemands, comme Johnson ne pouvait indexer Kennedy d’être le fils d’irlandais. Il s’agit tous de fils et de filles d’immigrants qui ont œuvré et qui oeuvrent à faire des États-Unis une nation de richesses, de justice, et d’histoire partagée dans la communion des mémoires. Donc, il revient aux haïtiens et aux haïtiens d’origines ethniques différentes d’harmoniser le nationalisme d’existence des captifs révolté ms qui ont fait la victoire de 1804, le dessalinisme qu’interprète la mémoire et l’histoire, les classes sociales qui doivent former la nation. 

CHERISCLER EVENS

20 septembre 2024

Pour honorer la mémoire de Jacques 1er!

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